Résumés « Actualités des recherches céramiques »

2. ACTUALITÉ DES RECHERCHES CÉRAMIQUES

Giuseppe Indino : La vaisselle italique en Aquitaine méridionale entre la fin du deuxième Age du Fer et le début de l’époque romaine (II a. C.- I p. C.)
Parmi les produits méditerranéens, objets d’échanges, entre la Péninsule italique et le Midi de la France, au cours du second âge du Fer et du début de l’époque romaine en Aquitaine méridionale, figurent les céramiques à pâte claire à vernis noir dites campaniennes, les amphores et d’autres vaisselles italiques. La valeur documentaire de tels artefacts est d’une grande importance dans la compréhension des problématiques chronologiques, historiques, économiques et sociales du monde romain. L’étude de ces témoins constitue un important instrument d’approfondissement pour la connaissance de l’univers culturel et économique romain et de sa «périphérie», pour la compréhension de l’évolution de la conquête romaine de la Gaule méridionale et de sa romanisation. La présence de ces vaisselles italiques est moins importante en Aquitaine méridionale. Un tel processus d’acculturation se produirait-il plus lentement en Aquitaine méridionale que dans d’autres régions de la Gaule et, ne témoignerait-il pas d’une romanisation tardive de la région ?

Ombline Grosbois : La céramique d’Auguste à Claude associée aux travaux et à l’abandon d’une cave à Juliomagus/Angers (Maine-et-Loire)
La fouille archéologique menée entre 2009 et 2010 sur le site de la clinique Saint-Louis a permis la découverte d’une cave construite à la période augustéenne et abandonnée dans les années 40 ap. J.-C. La céramique associée à cette structure accompagne son évolution, de sa construction à l’époque augustéenne, de son remaniement sous Tibère et enfin, de son abandon à l’époque claudienne. La majorité du mobilier est daté entre 15 av. et 20 ap. J.-C. Il s’inscrit dans un entre-deux, dans la lignée de l’horizon augustéen classique décrit pour Angers en 1997 et le début de la période tibérienne (Mortreau 1997). Il comprend des formes archéologiquement complètes. Une amphore remplie de chaux, découverte en place à demi enterrée dans le sol de la cave est une composante originale de cet ensemble. Elle se rattache à la dynamique globale des travaux de construction opérés lors de la première phase d’occupation du site, lors de la période augustéenne. Il est par ailleurs intéressant de noter une grande variété d’amphores, ainsi que la présence exceptionnelle dans ce contexte de trois lampes à huile, dont une entière était écrasée en place. Ces artefacts n’ont été retrouvés qu’en très faible quantité à Angers (un seul exemplaire au Logis Barrault pour la période augustéenne) et permettent de supposer un statut particulier des habitants. Le mobilier tibérien lié à la phase de remaniement de la cave permet de compléter les données acquises sur Angers pour cette période (Mortreau 2010 ; Ledauphin et al. 2018).

Thibaud Canillos, Fabrice Bigot : Le site du Chemin des Roches à Sanary-sur-Mer (Var), étude d’un ensemble provenant d’un dépotoir d’atelier du IIIe s. de n. è.
La fouille archéologique préventive du Chemin des Roches à Sanary-sur-Mer (Var) a permis de mettre en évidence un établissement gallo-romain interprété comme une huilerie. Elle se développe sur une surface d’au moins 830 m², composée de plusieurs espaces fonctionnels et dont l’activité bat son plein entre le Ier et le IIe s. de n. è. À proximité immédiate de l’huilerie, une structure bâtie imposante (8,50 m de longueur pour 7,50 m de largeur avec une profondeur maximale de 1,95 m et 90 m3 minimum de volume utile) a été découverte et interprétée comme un bassin de trempage, sans lien direct avec l’huilerie. Les niveaux d’abandons liés au comblement définitif du bassin sont datés du IIIe s. de n. è. et ont été interprétés comme un dépotoir de rebuts de cuisson d’un atelier d’amphore, potentiellement celui de Portissol, distant de 1,5 km du site du Chemin des Roches, mais plus vraisemblablement d’un autre, plus proche mais non identifié aujourd’hui. Les différents niveaux du dépotoir livrent un contingent de 232 individus dont 177 vases locaux répartis entre 101 céramiques communes à pâte claire et 76 amphores. De plus, l’analyse du lot d’amphores gauloises du dépotoir du bassin a permis de mettre en évidence une marque de tâcheron et deux estampilles. Une de ces deux estampilles est remarquable par le fait qu’elle se présente sous la forme d’un cartouche rectangulaire avec deux décrochés sur les angles supérieurs qui le raccourcissent. Le texte de l’estampille, composé de tria nomina, est développé sur deux registres : sept lettres et un symbole sont observés sur la première ligne et au moins dix lettres sur la seconde. L’étude de ce timbre a permis de proposer une lecture complète, à savoir : Sex(ti) Vibi / Crescentis ou « production (d’amphores) de Sextus Vibius Crescens » (lecture M. Christol). L’identification de la seconde estampille, SPR parmi les rebuts de production d’un atelier permet par ailleurs de localiser l’origine précise de ce timbre diffusé jusqu’en Egypte.

Elisabeth Afonso Lopes, avec la collaboration de Vincent Merkenbreack : La céramique du Haut-Empire de la nécropole familiale de Saint-Augustin, au lieu-dit Le Complet (Pas-de-Calais)
Un ensemble funéraire du Haut-Empire, richement doté, a été mis au jour à Saint-Augustin, au lieu-dit Le Complet, dans la cité antique des Morins. Il est constitué de sept tombes à crémation. Chacune de ces tombes étaient pourvues en moyenne de plus d’une quinzaine d’offrandes en terre cuite, complétées parfois de petit mobilier métallique tels que des miroirs en bronze ou bien de verrerie. Les dotations céramiques sont composées d’un vaisselier typique pour la période : vases à liquides et vases à solides, accompagnées parfois d’un calice, de balsamaires ou bien du service à ablutions en céramique dorée. Ce dernier renvoie à la pratique méditerranéenne du banquet dans la vie quotidienne mais également à la pratique religieuse.
Parmi les sept tombes, une tombe attire particulièrement notre attention : la tombe à triple ossuaire regroupant 4 individus. Elle renferme les restes brûlés d’un fœtus, d’un enfant de 18 mois, d’un enfant de 3 ans et d’une adolescente de 10/14 ans qui s’avère pour le moins surprenant. Elle est la plus richement dotée (vingt offrandes en terre cuite). Cette tombe, singulière par bien des aspects, semble être par ailleurs, via l’étude céramique, la tombe fondatrice de cette remarquable nécropole familiale. 

Romain Storaï : Aperçu de l’approvisionnement en céramique commune de l’agglomération de Brion à Saint-Germain d’Esteuil (Gironde) dans la seconde moitié du Ier siècle ap. J.-C.
L’agglomération de Brion se situe dans le centre-est du Médoc, dans la partie nord du territoire des Bituriges Vivisques. L’étude d’un lot de céramique commune provenant de la fouille d’une unité d’habitat a permis d’envisager la question de l’approvisionnement en céramique commune pour cette agglomération. Les résultats de cette étude mettent en évidence dans un premier temps un phasage chronologique qui n’a pas été distingué lors de la fouille de cet habitat (1986-1987). L’objectif central a été de caractériser les différentes productions locales et régionales retrouvées sur ce site de consommation et de rendre compte des différentes influences rencontrées. La prépondérance de la céramique de certains ateliers a permis de mettre en évidence quelques caractéristiques de l’approvisionnement régional à l’échelle du territoire de la cité des Bituriges Vivisques ainsi que des cités voisines. Une analyse fonctionnelle des formes de cet ensemble permet enfin de rendre compte de la répartition des différents types rencontrés par phase.

Richard Delage, Yohan Manthey, Laure Simon : Horizon de la fin du IIe s. – première moitié du IIIe s. à Vannes (Darioritum, Morbihan)
Les fouilles de la ruelle du Recteur, du 63 rue Victor Hugo, de l’Abbé Jacob et de la rue de St Tropez ont livré des ensembles relativement cohérents permettant de caractériser les céramiques en usage dans la ville romaine de Vannes au cours de la fin du IIe et la première moitié du IIIe s.

Guillaume Florent, Jean-Pierre Loustaud : Un ensemble céramique du IIIe siècle à Limoges (Haute-Vienne), chantier de la Faculté de Droit
L’ensemble céramique objet de la communication provient du comblement d’un caniveau bordant une rue de la cité antique et est composé de 2416 restes. Il est d’une parfaite banalité, compte tenu de ce qui est déjà connu au me siècle ap. J.-C. à Limoges et, c’est de cette normalité dont nous souhaiterions produire la définition, aussi bien au niveau qualitatif que quantitatif. Nous évoquerons, rapidement, les principales catégories céramiques en présence, les formes auxquelles elles sont associées et quelques groupes de pâtes locaux. Ces éléments descriptifs fourniront le support à des interprétations relatives à la fonction des récipients et aux moyens dont nous disposons pour parvenir à une détermination objective de leur emploi. D’autre part, le rappo11 de la céramique étudiée avec la vaisselle métallique est assez prégnant et revêt de multiples aspects, il sera illustré. Enfin, la question de la persistance de la céramique façonnée à la main, sans le recours du tour, sera abordé sous un angle que nous espérons stimulant, tenant à la division sexuelle du travail entre potière et potier.

Guillermo Pascual Berlanga, Albert Ribera i Lacomba : Les amphores du niveau de fondation (140-135 a.C.) de Valentia (Hispania Citerior)
Les fouilles ont corroboré la date de la fondation, 138 av. J.C. (Titus Livio, Periocha 55), et démontré l’origine italique de ses premiers habitants. La nouvelle ville s’installait sur une élévation entourée de canaux fluviaux, d’espaces lagunaires et de zones humides, avec la mer à 3 km, ce qui en ferait un endroit bien relié par la terre et la mer. Son statut de ville romano-italienne, dans un environnement ibérique, et cette facilité à recevoir des produits de l’étranger, expliquent que les céramiques importées sont abondantes. À 4 mètres de profondeur se trouve la phase de fondation. Ces niveaux initiaux correspondent à diverses activités, telles que des offrandes visant à promouvoir la vie privée et publique et les fosses, les décharges et les bûchers, liées aux activités quotidiennes. Les amphores plus nombreuses proviennent de la péninsule italique. La plupart ont leurs origines dans la région vésuvienne et ses environs. La région adriatique est également présente. À ce stade précoce, il y avait un lien étroit avec le monde punique : le Sud de la péninsule ibérique, Ebusus et la région Libye-tunisienne. Les amphores puniques les plus nombreuses sont les Africaines Anciens. Ces récipients viendraient de l’approvisionnement de l’État comme d’habitude au cours des premières années d’une colonie

 Ilaria Romeo, Alessia Contino, Lucilla D’Alessandro, Martina Rodinò, Claudio Capelli : Nuove indagini a Cosa: la terra sigillata e le anfore dall’Edificio P
A partire dal 2016, l’Università di Firenze conduce una serie di indagini stratigrafiche presso la città romana di Cosa (Ansedonia, Grosseto), in Italia. Dal 2017 le attività di scavo sono in corso in un’area prospiciente il punto mediano della via processionale, la strada che collegava il Foro all’area sacra della colonia, e interessano un’ampia struttura, l’Edificio P, la cui funzione resta ancora da stabilire, formata da un grande ambiente centrale, su due lati del quale si distribuiscono una serie di vani minori. Lo studio delle classi ceramiche potrebbe fornire preziose informazioni per comprendere la natura dell’edificio. Le indagini hanno infatti restituito materiale eterogeneo per classi e cronologia, comprensivo di vasellame in terra sigillata e contenitori anforici che si collocano tra l’età tardo-repubblicana e l’età flavia. La terra sigillata presenta una varietà di forme e di bolli pertinenti a officine aretine e pisane, che arricchisce il panorama di questa classe ceramica all’interno della colonia sinora fornito dallo studio di M. T. Marabini Moevs. L’assenza, negli strati di crollo, di sigillata tardo-italica decorata e di sigillata africana suggerirebbe di collocare l’ultima frequentazione dell’edificio entro la prima età flavia. Tra le anfore sono state individuate produzioni locali di età tardo-repubblicana e della prima età imperiale nonché contenitori d’importazione. Le recentissime analisi archeometriche effettuate sui contenitori di produzione locale consentono in via preliminare di isolare alcuni gruppi predominanti e di proporre delle attribuzioni ai diversi atelier costieri specializzati nella produzione di anfore, come quelli di Albinia, del Portus Cosanus e del Portus Feniliae. L’analisi comparata dei risultati archeometrici e dei corredi epigrafici permette di produrre alcune ipotesi su alcuni centri produttivi finora privi di analisi, di cui si conoscono alcune marche.Per entrambe le classi si attesta un reimpiego nell’attività edilizia, un dato che fornisce preziose indicazioni sulle attività di ristrutturazione a cui fu soggetta la struttura intorno alla metà del I secolo d.C., quando diversi edifici della colonia subirono ingenti danni, probabilmente a seguito del terremoto del 51 d.C. raccontato da Tacito (Tac., Ann., XII, 43, 1), e che contribuisce a chiarire la posizione residuale dei materiali tardorepubblicani, evidentemente impiegati nel restauro dell’Edificio P. Lo studio delle due classi ceramiche testimonia la florida fase economica attraversata dalla città durante l’età tardo-repubblicana e la prima età imperiale. Infatti, attraverso il Portus Cosanus e il Portus Feniliae, il territorio intratteneva relazioni commerciali con le altre città italiche e le province dell’impero, come la Gallia, la penisola iberica e l’Africa settentrionale, esportando vino, olio e garum prodotti localmente.

Marie Pawlowicz : L’identification d’un dragage inédit dans la corne du port romain de Marseille grâce au mobilier céramique (site de la Bourse)
L’intégration de Marseille dans l’Empire romain a certainement eu un impact sur le rôle de port clé que la ville jouait depuis sa fondation grecque. Après le changement d’ère, ses secteurs portuaires sont progressivement réaménagés. Parmi eux, celui de la « corne du port » situé à l’extérieur de la cité, sur la rive nord-est de l’antique calanque du Lacydon. Les principales phases de développement du secteur sont connues depuis la construction des quais, datée communément de la fin du Ier siècle apr. J.-C., jusqu’au remblaiement définitif du bassin au VIIème siècle. L’exploitation des différentes données accumulées lors de la fouille, entre 1968 et 1984, n’a jamais abouti à une synthèse globale. Ce dossier est actuellement en cours de reprise dans le cadre d’une thèse de doctorat réalisée au Centre Camille Jullian. C’est au cours de ce travail, qu’un dragage inédit a pu être identifié en avant du quai uniquement grâce à l’étude du mobilier céramique provenant du remplissage du port par l’observation d’un hiatus de deux siècles entre deux couches superposées. Si le fait de repenser la profondeur dans les ports pour diverses raisons est bien connu durant l’Antiquité, l’intérêt de cette découverte réside dans la façon dont elle a été appréhendée. En effet, elle interroge notre possibilité d’identifier et de dater ce type d’opération uniquement par le mobilier céramique. Ces questionnements méthodologiques seront donc au cœur de cette communication afin de tenter de replacer au mieux ce dragage dans le contexte économique et géopolitique de son temps.

Diana Sergeeva Dobreva, Sabrina Zago : Transformations and economic dynamics in Adriatic between the end of the Roman times and the beginning of Early Middle Ages. Pottery assemblages from the marketplace in Aquileia
The picture of Aquileia between the end of the Roman times and the beginning of Early Middle Ages is  yet unclear. The idea that after the sack of Aquileia by the Huns in 452 AD the town went into an  irreversible decline is almost passed and today new evidence suggests, still in a fragmentary way, that  the town was transformed, characterized by new urbanistic and cultural features.  Since 2018 the University of Verona is carrying out new excavations on the former Pasqualis property  in Aquileia. The project focuses on a part of the Late Roman economic center of Aquileia, close to the  basilica and characterized by market buildings and city walls. The results of the first three excavations  give new data to understand the transformations of the site between the 5th and 6th century AD.
This paper presents 5th and 6th century pottery assemblages associated to the marketplace. In order to better understand some general trends Late Roman and Early Medieval contexts will be examined.  Later on a comperative study on imported and locally produced ware will be presented. The aim is to
outline the vitality and the trade networks of Aquileia after the historical events that happened in the  5th century AD and to try to draw some main peculiarities of the pottery assemblages dated back to this particular period.

Julie Leone : L’invention du vase à boire romain : la céramique à paroi fine
La communication vise à présenter les principaux acquis de l’étude du corpus de céramique à paroi fine de Musarna (Étrurie méridionale) et les questions qui en résultent. Après une rapide introduction au contexte archéologique de découverte du corpus et au cadre bibliographique de l’étude, la présentation s’articulera autour de deux thèmes. Le premier abordera la question de l’émergence de ce groupe céramique, ses particularités techniques et typologiques qui sont à la fois ancrées dans une tradition locale mais également caractérisées par la recherche d’un nouveau répertoire morphologique. Ce processus d’élaboration s’inscrit dans une période marquée par de lentes mais profondes transformations de la céramique romaine, à l’aube de son expansion dans l’ensemble des territoires conquis. Le second thème se concentrera sur deux aspects liés : sa production et sa diffusion. Déterminées par des spécificités techniques et typologiques, les productions qui peuvent en être déduites semblent délimiter des zones à l’intérieur de l’aire tyrrhénienne – de l’Étrurie romaine à la Campanie. Celle-ci n’est pas un ensemble homogène mais se compose d’une multitude de territoires qui introduisent différemment la céramique à paroi fine. Cette réalité conduit à s’interroger sur la continuité de sa diffusion, de la Péninsule italique à l’ensemble des territoires conquis ainsi que sur le cadre de cette diffusion et la fonction même de ces vases.

Laetitia Pédoussaut, Simon Girond : Nouveaux témoignages de l’activité potière à Montans (Tarn) au cœur du Ier siècle : deux riches ensembles clos mis au jour dans le secteur du Rougé
Une opération préventive a été menée en 2015 dans le cœur ancien du village de Montans (81), sur l’éperon du Rougé. Elle a notamment permis d’étudier deux structures antiques en lien avec l’activité potière : un four (ST2) et une fosse de fonction indéterminée (ST61). Ces deux structures constituent des ensembles clos de céramiques avec un assemblage varié de productions et des fourchettes chronologiques réduites fournies par les nombreux fragments de sigillées. Ils illustrent la phase la plus active de la production montanaise, entre le milieu et la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. La fosse 61 est située vers le milieu du Ier s. (40/50-60). Son comblement renfermait une vingtaine de vases à engobe blanc ou à engobe moucheté dont les profils ont pu être restitués. Cette série s’inscrit dans la typologie de Th. Martin (1977) et l’actualise. Par ailleurs, la juxtaposition de vases neufs, parfois défectueux, et d’autres, usagés, ainsi que le traitement subit par certains, cassés sans doute volontairement, invitent à s’interroger sur la nature exacte de ce dépôt. Le four de potier 2 a servi de dépotoir. Il est daté par l’importante quantité de sigillées (2933 fgt) autour de la fin du règne de Néron et du tout début de l’époque flavienne. L’assemblage comprenait également des parois fines moulées ou tournées et décorées à la barbotine, des céramiques engobées, des céramiques claires, des fragments de moule, du mobilier d’enfournement et surtout un lot considérable de lampes (3134 fgt). Ces dernières correspondent à deux types : Loeschcke 1c, à bec triangulaire et à volutes, et Loeschcke 4, à bec rond et volutes. Nombre de décors inédits à Montans ont pu être analysés ici.

Cyril Dumas : Innovations des décors vulgaires du bassin rhodanien et nouvelles perspectives d’interprétations
L’observation des ateliers vallée du Rhône a mis à jours une série de médaillons érotiques, qui se distinguent en portant une inscription latine. Ces vestiges doivent d’être questionnés, car ils témoignent de la mobilité d’une production unique dans le monde romain. Les propos d’une extrême vulgarité revêtent tant d’aspects différents suivant le décor qu’il s’avère délicat d’ignorer le message. Celui-ci semble exhorter le lecteur à la luxure. Ces œuvres d’art ont longtemps souffert d’une réclusion dans les enfers des musées. Aujourd’hui, après l’obsession du réalisme, nous développons une priorité au symbolisme afin d’interpréter ces image à travers le prisme des études sociales et morales. Ainsi, cette étude de cas permet également de faire le point sur la diffusion d’idées à travers une approche des productions céramiques.

POSTERS

Anne Ahü-Delor, Michel Gazenbeek, Sandrine Marquié, Pierre Mathelart, Karine Michel, avec la collaboration de G. Fronteau (Univ. Reims) : Les cruches bi-ansées à pâte orange d’Argonne : lieux de production, typologie, chronologie et diffusion
Cette contribution envisage de présenter les données disponibles sur les amphores régionales ou cruches à deux anses au sein du groupe de production argonnais. Cette réflexion s’appuie sur les travaux de prospections sur les ateliers de production menée par M. Gazenbeek et les études céramologiques effectuées sur les sites de consommation ruraux et urbains de Lorraine et Champagne principalement ces dernières décennies dans le cadre de l’archéologie préventive notamment. Une typologie sera proposée ainsi que la caractérisation macroscopique et pétrographique des pâtes. L’état des lieux de la chronologie sera tenté ainsi que la cartographie de la diffusion avec, dans la mesure des données disponibles, la mise en parallèle avec la diffusion des sigillées et métallescentes issues dans ce pôle de production.

Laurence BENQUET, Thomas LE DREFF : Les niveaux augustéens de l’oppidum de la Sioutat à Roquelaure (Gers)
Le site de Roquelaure-La Sioutat fait partie des principales agglomérations de hauteur attestées au sud de la Garonne. La reprise des recherches en 2006 a permis de relancer l’étude d’un vaste bâtiment antique, et d’entamer l’étude de l’ensemble de la séquence stratigraphique s’échelonnant du VIIe- VIe s. a.C. au début du Ier s. p.C. Nous nous proposons de présenter le mobilier céramique des niveaux pré et augustéens qui illustre de façon significative la précocité de la romanisation de ce site à l’instar des fameuses peintures murales, découvertes au XIXe s., qui ornaient la villa

Laurence Benquet : Les amphores de l’oppidum de Roquelaure-La Sioutat

Delphine Beranger, Matthieu Houdayer : À Lezoux, une fosse funéraire qui ne manque pas d’inédits
La fouille du terrain Lhuilier-Liabeuf, aux Bombènes, a permis de mettre au jour de très nombreux vestiges dans un espace funéraire situé sur la marge orientale du groupe des ateliers de potiers de la rue Saint-Taurin. Parmi les structures qui la composent, le bûcher ossuaire F618 a livré un matériel qui se rattache aux phases 5 et 6 de Lezoux, dont des formes de sigillée qui n’étaient pas répertoriées jusqu’à présent.

Macarena Bustamante-Álvarez : Nouvelles donnés sur les sigilla en sigillée hispanique à la lumière du project Corpus Vasorum Hispanorum
Les résultats préliminaires d’un projet financé par le ministère de la Culture du Gouvernement Espagnol et la Fondation BBVA sont présentés. Ce projet vise à développer un Corpus de marques en sigillata hispanique. Jusqu’à présent, une initiative d’un tel calibre n’avait pas été développée dans la péninsule ibérique, ce qui représente une avancée significative dans la connaissance de ce type de céramique, qui était non seulement consommée en Hispania mais également lancée dans les provinces voisines. Cette première phase du projet se centre en la province de Lusitanie. Plus d’un millier de timbres ont déjà été compilés qui nous permettent de définir une première approximation type-chronologique de ce phénomène. En plus de la présentation du portail web pour consultation publique, les premiers résultats sur les potiers, la chronologie ou les circuits commerciaux seront présentés.

Guillaume Duperron : Les céramiques d’un dépotoir du milieu du Ve s. dans l’établissement portuaire de la Montille d’Ulmet à Arles (Bouches-du-Rhône)
Le site de la Montille d’Ulmet, situé au sud de la Camargue, a fait l’objet entre 2010 et 2014 d’une fouille programmée dirigée par Corinne Landuré (SRA PACA). Ces recherches ont permis de mettre partiellement au jour un vaste établissement (env. 4 ha) se développant durant l’Antiquité tardive sur la rive de l’ancien bras oriental du Rhône et à proximité de son embouchure. Les différents aménagements dégagés suggèrent de l’interpréter comme un avant-port d’Arles. Dans la zone fouillée, l’occupation prend son essor de manière progressive durant la première moitié du Ve s., avant une phase d’activité plus intense au cours de la seconde moitié du siècle. Celle-ci se manifeste en particulier par la mise en place de plusieurs dépotoirs de grandes dimensions, contenant des quantités importantes de déchets de consommation. Le plus ancien d’entre eux, daté des décennies centrales du Ve s., a livré un riche ensemble céramique constitué de près de 250 individus. Dépourvu de mobilier résiduel grâce à la faiblesse de l’occupation antérieure, ce lot procure une image précise des mobiliers utilisés par les occupants du site lors des premières décennies de son occupation. Le faciès céramique est marqué par la prépondérance des importations, que ce soit dans le domaine de la vaisselle de table, où les sigillées africaines et Luisantes dominent très largement les productions régionales, mais aussi parmi les ustensiles culinaires qui proviennent majoritairement de régions lointaines : Afrique, mer Egée, Sardaigne, Pantelleria… Les amphores montrent la même diversité de provenances avec, aux côtés des productions africaines, des vins de plusieurs régions orientales déjà présents en abondance (Chypre/Cilicie, Asie Mineure, Mer Egée, Palestine), mais également des importations italiques (Calabre, Toscane et Sicile) et hispaniques (Bétique et Lusitanie). Au-delà du constat d’une très large ouverture de l’établissement à tous les grands courants commerciaux méditerranéens, qui confirme son interprétation comme un site portuaire, l’étude de cet ensemble céramique contribue à mieux documenter le faciès céramique tardo-antique de la basse vallée du Rhône, qui présente certaines spécificités par rapport à celui d’autres secteurs du sud de la Gaule.

Vanessa Elizagoyen, Des assemblages de céramiques aquitains datés de l’Antiquité tardive (Saint-Geours-de-Maremne, Landes, Nouvelle Aquitaine)
Une fouille préventive menée au lieu-dit Bellocq, à Saint-Geours-de-Maremne (Landes, Nouvelle-Aquitaine) en 2018 est à l’origine de la découverte d’un établissement rural attribué à l’Antiquité tardive. Il s’apparente à un hameau ou à un village établi sur un promontoire en bordure de cours d’eau et dans lequel des activités agropastorales et de la métallurgie du fer sont attestées. Les assemblages de céramique y sont constitués à 96% de céramique commune non tournée d’Aquitaine méridionale, pour 3,8 % de céramique commune claire et 0,01 % de céramique fine. Le répertoire de la céramique non tournée est extrêmement limité, il compte une douzaine de formes, au sein desquelles les pots dominent, suivis par les écuelles à encolure incurvée vers l’intérieur, puis par les jattes. Le pot R706, massivement distribué aux IVe-Ve siècles dans l’aire géographique à laquelle appartient le site, cylindrique et à col triangulaire aplati, se décline selon trois gabarits. Quelques pots et jarres à anse à surface rouge soigneusement polie pourraient correspondre à des récipients de stockage aux côtés des contenants beaucoup plus massifs que sont les jarres R702b à la diffusion très restreinte. Les plats et assiettes ne représentent que 3 à 4 % des corpus, conformément à ce qui a pu être observé sur d’autres sites ruraux d’Aquitaine méridionaux.

Raffaella Federico : Innovazioni ed eredità nella ceramica romana dei primi due secoli : alcuni esempi dall’area vesuviana  ed dall’ hinterland campano
La produzione di ceramica comune ha  avuto forme standardizzate nei primi secoli della nostra era, riscontrabili in diversi contesti romani e della provincia. Tuttavia capita di  incontrare qualche forma ceramica che si discosta da quelle ricorrenti. Abbiamo osservato questo per  una bottiglia  che appare come  unicum a villa Arianna di Stabiae (Napoli) e un anfora di forma non comune alle altre Dressel 2-4 cui sembrerebbe appartenere: si tratta di un’ prototipo  campano? Un applique su coppa in sigillata italica sembra anch’esso un invenzione di artista. Analizzeremo questo.  Il vasellame da fuoco, pentole e tegami o  vasi chiusi  da mescita  non  presentano sempre le medesime ‘ricorrenze’  in alcuni siti che prenderemo brevemnte in esame  (Stabia,e Pompei-Ercolano, Circello(Benevento) in Campania, Agrigento(in Sicilia) ed hanno delle varianti. Come spieghiamo ciò? Possiamo ipotizzare influenze e innovazioni che conferiscano originalità di soluzioni agli artigiani? Essi adattarono forme  standard a tradizioni, funzioni e usi locali? Espressero la loro idea attraverso oggetti di cultura materiale?

Giuseppe Indino, Marina Morlaàs-Courties : La sigillée sud-gauloise en Aquitaine méridionale et dans la Regio X italique : un premier essai comparatif
La sigillée et les productions du sud de la Gaule, en particulier, représentent un témoin fiable pour la compréhension des dynamiques d’échanges entre le centre et les périphéries de Rome durant le Haut-Empire.  Deux régions, considérées périphériques, font l’objet de cette étude préliminaire : l’Aquitaine méridionale et la regio X augustéenne. Une sélection de sites régionaux, fiables du point de vue archéologique et livrant des vaisselles sigillées, est proposée. L’objectif est de produire un premier essai comparatif permettant d’abord de constater la réelle présence quantitative et qualitative des productions venant de La Graufesenque, de Montans et d’autres ateliers sud-gaulois, puis de comprendre si leur présence était motivée par un véritable commerce, par des échanges occasionnels plutôt que par des demandes ciblées de clients particuliers liées à des phénomènes de mode ou autres.   

Allard Mees,  Florian Thiery : Un visualiseur et éditeur numérique sur Internet pour une ontologie des typologies de terre sigillée
La manipulation des différentes typologies a toujours été un difficulté en archéologie et en particulier dans l’étude de la terre sigillée. Il existe également différents concepts sur la façon de gérer les services au sein des palettes de produits de terre sigillée. Il n’y a pas encore une méthode numérique pour traiter les différentes variantes de chaque forme. Si l’on souhaite stocker des informations typologiques dans une base de données, telle que Samian Research (http://www.rgzm.de/samian), quelle typologie choisir? Le but de ce projet est de présenter un éditeur en ligne, basé sur une ontologie des typologies de terre sigillée, qui permettra de saisir des relations et des propriétés, alors que le résultat de la recherche comprendra les formes et services associés dans d’autres typologies (Dragendorff, OCK, Ritterling, Bet, Loeschke, etc.) et le publier en tant que données ouvertes liées (Linked Open Data) interopérables.

Maxime Mortreau : Estampilles sur céramiques communes et terre cuite : indices d’une production locale à Angers, Juliomagus (Maine-et-Loire)
Depuis longtemps, on signale à Angers et dans ses environs la présence de pots de grand diamètre réalisés au tour en céramique commune sombre dont certains se distinguent par la présence d’une large estampille nominative imprimé sur le col. A l’heure actuelle, une demi-douzaine de noms différents d’origine gauloise probable est enregistré, la plus courante étant ADICO. Les noms sont formés de lettres imprimées chacune à l’aide d’un cachet de bois avec la possibilité de les utiliser de façon conjointe. Par exemple, le D est formé à partir de l’association des lettres C et I. L’hypothèse la plus séduisante pourrait être celle de noms de potiers associés ou concurrents ? La question d’une production locale est posée avec des arguments très convaincants, appuyés par des analyses à venir en 2021. Récemment, la découverte de deux estampilles ADICO sur des plaques en terre cuite (briques ?) permet d’ouvrir la question d’une production de terres cuites architecturales réalisée dans un atelier commun. Mis à part une occurrence à Tours, ces productions estampillées ne sont pas connues en dehors de la cité des Andicaves, appuyant l’hypothèse d’une diffusion très locale.

Teresa Pires de Carvalho : Contextes stratigraphiques dans le site de Castelo de Gaia (Nord du Portugal): évolution des importations fines entre le Ier et le VIe siècle
Le site connu sous le nom Castelo de Gaia  (Château de Gaia) correspond à une coline située sur la rive sud de la Rivière Douro, appartenant à la ville Vila Nova de Gaia, tout près de son embouchure, dans le térritoire norouest de la province Lusitania. Ce site, positionné en face de la ville de Porto, a été le principal sujet en études et interventions archéologiques qui ont mis en jour une grande et vigoureuse occupation depuis l’Antiquité, avec une affirmation particulière de la romanisation et de l’Antiquité Tardive. À partir des résultats d’une fouille archéologique, nous cherchons à présenter la séquence stratigraphique des importations céramiques qui datent entre le 1er et le 6ème siècle après JC. Nous finissons en comparant Castelo de Gaia avec un autre site, plus en amont de la rivière, Castelo de Crestuma, qui a en parallèle une diachronie tout aussi longue.

Delphine Théolas : Evreux, rue Saint-Louis : découverte de quelques contextes d’époque augustéenne
Une fouille a été menée en 2020 rue Saint-Louis à Evreux, dans un secteur ayant déjà fait l’objet d’investigations dans les années 1990 par l’ancien Service archéologique municipal, puis par la Mission archéologique départementale de l’Eure en 2011. Cette nouvelle opération a permis de mettre au jour quelques fosses possiblement en lien avec les occupations précoces de ce quartier de l’agglomération antique, dont on connaît encore assez peu de choses. La céramique issue de ces fosses est attribuable à l’époque augustéenne, période très peu représentée au sein des ensembles mis au jour jusqu’à présent sur Evreux et même aux abords immédiats de la ville antique. Dans la synthèse réalisée par Y.-M. Adrian en 2014 (Actes du colloque de Chartres), seuls deux lots sont identifiés pour cette phase, à Guichainville, sur le plateau d’Evreux. Ces quelques ensembles clos, même peu fournis, constituent donc une découverte intéressante pour une meilleure connaissance du vaisselier en usage dans la région ébroïcienne à l’époque augustéenne. En outre, la comparaison entre le mobilier de la rue Saint-Louis et celui de Guichainville permet de mettre en évidence les similitudes et différences d’approvisionnement entre un site urbain et un autre plus rural.