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JOURNÉES DU « GROUPE D'ÉTUDE DE LA CÉRAMIQUE ANTIQUE EN GAULE »,
A DIJON, 1968

Les 2 et 3 mars 1968, ont eu lieu, comme chaque année, les journées d'études du G.E.C.A.G., à la Faculté des Lettres de Dijon. Nous avons regretté l'absence du président J.-J. Hatt, empêché.

Les communications intéressant notre région ont été les suivantes, et un compte rendu plus détaillé en paraîtra dans la R.A.E.

M. Jeannin a donné des repères chronologiques intéressant sur les vases décorés de guillochis et d'épingles tracées à la barbotine. Il apparaît que certains viennent de Lezoux, d'autres sont fabriqués dans la région, d'autres enfin proviennent d'ateliers inconnus. Il en est de même des vases à surface dite « métallisée ~. L'origine de rebord de mortiers (fm 45) décorés de petits cercles imprimés et juxtaposés a été discutée.

Les fouilles des ateliers de Lezoux nous montrent que céramiques à parois fines et céramiques métallisées ont, dans le centre de la Gaule, une vie assez longue. Il en a été trouvé dans des dépotoirs de la fin des Flaviens, puis plus tard... C'est-à-dire que la plupart des décors étaient connus, mais que leur vogue a connu un « floruit », et parfois plusieurs, sans que les types aient cessé complètement d'être fabriqués.

On a écrit, par exemple, que les vases à reliefs d'applique datent de la fin du IIe siècle. En réalité, la fabrication de reliefs sur la terre sigillée se trouve à Arezzo, elle dure tout le premier siècle dans la vallée de l'Allier (sur des vases à glaçure plombifère et à mauvais vernis rouge) elle a une grande vogue au début du IIe siècle, puis elle paraît supplantée par celle des vases moulés, et redevient à la mode dans la deuxième partie du IIe jusqu'au IVe. Aussi faut-il se garder, devant un tesson, d'une datation typologique absolue. Une identification doit tenir compte du contexte de la fouille, de la région où a été trouvé l'objet, de la pâte, du vernis, etc. En effet, nous connaissons mal ou pas du tout certains ateliers, peu les influences reçues et les déplacements d'ouvriers, les retards entre les ateliers, dans les régions que l'économie a laissées en sommeil et que la récession abonne à des formes archaïsantes pendant une durée plus ou moins longue.

Marcel Lutz apporte des modifications à la datation des fibules émaillées, que l'on situe habituellement au IIIe siècle. Or des tombes des carriers vosgiens gallo-romains, exploitant le grès de qualité du versant lorrain, datées de façon non équivoque par la céramique sigillée et commune de la période 50-190, en contiennent. Il nous faut donc placer ces fibules émaillées à une période nettement plus ancienne que celle qu'on leur attribuait.

Max Vauthey rectifie une erreur de lecture sur une estampille TASCOMA (MAliés, M renversé et A droit) des officines de la Gaule méridionale, estampille découverte à Argentomagus (Saint-Marcel, Indre) dans un contexte archéologique du Ier siècle.

Les communications sur les ateliers de la Muette à Lyon ont été faites par les trois chercheurs qui ont participé aux fouilles. Si MM. Audin, directeur des fouilles de Lyon, et M. Leglay, directeur de la circonscription archéologique Rhône-Alpes avaient donné la responsabilité du chantier à M. Vertet, tous trois y ont consacré leur temps, leurs soins et ont ensuite abordé le lavage, le remontage, la photo, les dessins..., ils ont donc décidé de tout publier sous leurs trois noms accolés.

La liste des estampilles est presque complètement relevée, les dessins et photo en grande partie réalisés: il y a beaucoup de variantes et des difficultés de lecture parfois. Aussi la publication comprendra- t-elle à la fois dessin et photo. Cela permettra de déceler les variantes avec les formes italiques; la publication du catalogue Oxé-Comfort, en instance de parution, est une aide très précieuse pour ce travail. Le remontage des gobelets de forme lisse est long, mais avance. Il est beaucoup plus difficile de reconstituer des vases provenant d'un atelier, c'est-à-dire de trier les fragments de milliers de formes identiques, que ceux qui sont découverts dans un habitat, par exemple, où chaque type, en général, n'est représenté que par un petit nombre d'exemplaires.

Les céramiques moulées sont peu nombreuses à la Muette; les styles sont différents, mais il ne semble pas qu'il y ait plusieurs périodes, au moins au premier abord.

Un nouvel atelier de gobelets d'ACO a été trouvé dans le cimetière de Loyasse, à Lyon; les décors sont différents de ceux de la Muette. Il pourrait être un peu antérieur au premier. Mais il nous faut nous méfier de plus en plus des datations stylistiques. Les fouilles de Lezoux ont montré nettement que les ateliers provinciaux recevaient des moules des ouvriers de la maison-mère; en même temps, des apprentis se for- ment, des décors maladroits sortent de leurs mains; certains, plus habiles, deviennent parfois très vite des maîtres locaux, avec un style nouveau.

Une partie importante des Journées fut consacrée aux questions de méthodes.

Mlle Anne-Marie Vialatte a réalisé une thèse du IIIe cycle sur le potier CINNAMVS, et rédigé à ma demande une série d'observations sur les difficultés qu'elle a rencontrées et les solutions qu'elle suggère: préparation théorique et pratique: bibliographie, classement, reproduction; il est souhaitable que plusieurs étudiants abordent en même temps l'étude de potiers contemporains, de façon à mettre en commun leurs observations, leurs questions, et leurs réponses; il est utile de consulter des artisans, pour comprendre les détails qui différencient un potier d'un autre; il y a des détails à ne pas oublier: relever les profils des moules; leur diamètre supérieur et inférieur, etc.

M. Picon donna un aperçu de l'état actuel de ses recherches, et nous l'en remercions vivement. Il est certain que ses études ouvrent la voie, non seulement à des identifications plus certaines, mais aussi à une compréhension meilleure de l'évolution technique des ateliers gaulois, cela apportera des éléments supplémentaires à la connaissance des migrations d'ouvriers, de la romanisation, et de l'expansion de certaines régions, bien soulignée par une transformation des méthodes de fabrication.

M. Chapotat communiqua un chapitre de sa thèse sur la définition des céramiques communes. C'est un bon travail de simplification et de méthodologie, qui donna lieu à un long échange de points de vue. Il s'agit de désigner des vases dont les formes n'existent plus et dont nous ignorons l'emploi. Les noms modernes suggèrent autre chose; les noms folkloriques ont une diffusion minime et ne sont connus que des spécialistes. L'équipe des Bolards, sous la direction du Docteur Planson, a repris le travail dans l'été 68, à partir du travail de M. Chapotat.

Un projet de répertoire des formes de vases décorés au moyen d'un moule (sigillée moulée, reliefs d'applique, glaçure plombifère, de l'époque impériale et de l'Occident Romain) a été exposé, discuté et approuvé. Il a pour but de fournir aux fouilleurs un outil de travail commode, qui éviterait des tables de concordance et intégrerait des formes moulées nouvellement découvertes. Il conserve les numéros traditionnels, passés dans l'usage international. Avant d'être présenté, il a reçu l'approbation de chercheurs anglais (B. Hartley), suisse (E. Ettlinger), français (M. Martin, M. Labrousse). Il reste des points à préciser, mais il a pu être appliqué dans un article sur la terre sigillée tibérienne de Lezoux, qui apportait justement des formes nouvelles (note 1).

La présidence des séances a été assurée par M. le Doyen Le Gall, secrétaire du G.E.C.A.G. Devant l'extension des découvertes, et la complexité des problèmes posés par l'étude de la céramique, il a émis le souhait que l'élaboration du programme de 1968 comporte, comme cette année, une partie de méthodologie importante.

Hugues VERTET, Chargé de recherches au C.N.R.S.


Note :

1. H. Vertet, Céramique sigillée libérienne à Lezoux, Revue Archéologique, 1967, 2, pp. 255-286.